Misère à Verchin au XVIIe siècle

Dans le registre de paroisse de Verchin au début du XVIIe siècle, le curé Nicolas Le Roy relate les décès des habitants de la localité, dus aux famines, aux guerres, et aux épidémies, ainsi que la vie quotidienne misérable qui règne alors. Un extrait de ce document vous est proposé ci-dessous, dans sa version  actualisée afin de faciliter la lecture.

L’an 1625, furent faites prières et oraisons publiques dans tout le doyenné de Bomy, comme aussi au doyenné d’Érin, avec la procession où l’on portait le vénérable Saint Sacrement l’espace de quarante jours. Ainsi on commença lesdites prières et à dire la messe solennelle le [blanc] jour dudit an. Le doyen de Bomy a commencé, qui se nommait monseigneur Pierre le Hennedier (?) et consécutivement tous ses curés selon l’ordre alphabétique, si bien que le curé de Verchin célébra la messe le 8e jour de décembre, qui était le lundi jour de la conception de la glorieuse Vierge Marie, et la 2e messe le 29 dudit mois pour satisfaire au nombre de quarante jours tant par les paroisses que secours dudit doyenné pour apaiser l’ire (colère) de Dieu, lequel courroucé contre son peuple le punissait sévèrement en ce temps de pestilences, guerre, principalement contre les Hollandais et leurs confédérés comme Français, Savoyards, Vénitiens, Anglais et Danois, de famine comme aussi du feu de saint Antoine qui était un fléau très âpre, au point que pour ceux qui étaient atteint de ce mal il fallait leur couper les membres et le plus souvent, après l’incision faite, mouraient, et la chair et peau où était installé le mal tombait par morceaux qui étaient horribles à voir, et causait un mal intolérable à ceux qui l’enduraient et criaient qu’ils brûlaient. On ne pouvait leur donner assez à boire pour étancher leur soif.

La cause d’un tel désastre fut que l’an précédent 1624 environ, la fête de Saint Martin d’hiver arriva lorsque le bâtard Mansfeld entra en France par Calais ou Boulogne et obtint du roi Louis XIII secours pour les Hollandais, et entrèrent en Hollande par Calais et d’autres ports environ 16 ou 20 mille hommes, de telle sorte que le pays d’Artois, Flandre, Hainault, Brabant et autres contrées sujettes du roi catholique, furent fort épouvantées et en grande frayeur depuis ce jour de saint Martin jusque environ le carême suivant ou plus, avec un temps le plus horrible et changeant que de vivant d’homme on n’avait vu de semblable qu’alors, soit neige, grosse pluie, grands et impétueux vents. Ainsi le renouvellement du printemps fut fort inconstant et changeant, la floraison des blés, gelée et les fleurs abattues par l’impétuosité de ces grands vents, et l’on pesta tellement que l’on recueillit peu de chose au mois de juin suivant continuant la saison jusque au mois d’août, et fit fort beau et temps serin durant la moisson et remise mais à cause de la petite récolte le blé se tint fort cher, tellement que l’on payait pour un boisseau de blé, mesure de Fruges, depuis le mois d’août jusque environ la Noël, 25, 24, 22, 20, 18 sols, ce qui était le moindre prix du plus petit blé que l’on pourrait dire et estimer, le soucrion 10 ou 12 sols le boisseau, les bissailles 24 ou 25 sols, tellement qu’il régnait une grande cherté et le pauvre monde qui ne gagnait rien, parce que les riches et bons censiers avaient tout transporté leurs vieux blés et autres grains aux bonnes villes par peur de Mansfeld, et il fallait battre en la grange 45 ou 50 gerbes pour avoir 6 ou 7 boisseaux de blé.

Cette année et la suivante, 1625, les femmes nourrices se plaignaient de n’avoir point de lait pour nourrir leurs enfants, si bien que les enfants en plusieurs lieux mouraient faute de nourriture. Durant cette année 1626, depuis la Saint Jean-Baptiste jusqu’au mois d’août suivant, le blé était fort cher, si cher qu’il fut vendu début août 40 sols le boisseau et on n’en trouvait pas. Et s’il n’y avait eu les Français, les Picards qui en apportaient, il aurait valu bien davantage. (?) aussi tout autre grain de mars fut fort cher et on disait l’avoine avoir valu quinze florins mesure de Fruges en cette même saison. Le mois d’août étant venu, ces grains redevinrent meilleur marché, et on fit assez bonne récolte de grains avec la plus belle sérénité d’air que l’on avait vu de vivant d’homme, ni qu’on aurait su désirer jusqu’au 4e temps de septembre, lesquels furent pluvieux, la remise fort belle mais un peu tardive car les labeurs étaient arrivés.

source : archives départementales du Pas de Calais.

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